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Le vélo électrique est-il une solution écologique ?

par Paul Metraux
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Le vélo électrique est-il une solution écologique ?

Sur le marché depuis très longtemps, le vélo électrique a longtemps peiné à vraiment percer. Dans les années 1990, on trouvait déjà des modèles exposés dans tous les congrès d’experts (collectivités, professionnels…). Mais ils ne retenaient qu’une attention assez distraite. Les militants du vélo en ville regardaient cette idée comme une semi-hérésie. Et chacun pensait que ça resterait marginal et cher. Mais en 30 ans les approches de la mobilité ont changé. La voiture n’est plus vraiment un horizon indépassable. La pollution urbaine pousse à adopter des solutions dites « douces » et l’air du temps a fait le reste. Le vélo électrique se développe rapidement et, de la jeune femme branchée au retraité poussif, ce moyen de locomotion est de plus en présent. Dans les villes évidemment, mais aussi dans les campagnes. Dans ce nouveau contexte, le vélo électrique est-il vraiment une solution écologique ?

Vélo et bicyclette

Quand on dit vélo, on devrait plutôt dire bicyclette. On se rappelle la formule de Michel Audiard, pratiquant assidu (il avait la descente facile, à tous points de vue) : « moi môssieu, je fais du vélo, pas de la bicyclette ». Signifiant ainsi la différence entre le vélo de course et celui… des courses. On se souvient aussi de la bicyclette d’Yves Montand… qui n’était pas électrique.

Ce qu’on nomme vélo électrique aujourd’hui n’est pas destiné au sport cycliste mais à la mobilité quotidienne. Mais comme l’expression « bicyclette électrique » n’est pas très vendeuse, on a adopté le mot vélo pour ce véhicule à deux roues et à pédales, propulsé par un moteur électrique. Il faut en effet pédaler un peu quand même pour compléter le moteur. C’est un vélo à assistance électrique (un VAE), ce n’est pas un cyclomoteur. C’est une sorte de vélo Canada dry : ça ressemble à un vélo mais ça n’est pas tout à fait un vélo, puisque l’importance du mollet dans la propulsion devient marginale. On a gardé le mot vélo pour l’image qu’il véhicule mais on aurait pu en inventer un autre.

Les avantages du vélo électrique

Le vélo électrique a de gros avantages. Il permet de se déplacer sans effort à 25 km/h maxi (au-delà on change de statut) pour aller au travail, faire des courses ou se balader. Le pédalage doux nécessaire pour avancer vous donne le sentiment de faire un peu d’exercice. Et surtout, il n’y a pas de pollution. C’est confortable dans les montées et même si la batterie vous lâche, le vélo redevient… vélo classique. C’est moins cher qu’un scooter, encore que certaines marques proposent aujourd’hui des modèles « de luxe » à 3 ou 4 000 euros. Bref, le vélo à assistance électrique a aujourd’hui le vent en poupe, d’autant plus qu’on lui attribue le qualificatif « écologique », sésame marketing absolu.

En outre, de nombreuses collectivités locales attribuent des aides à l’achat d’un vélo électrique, ce qui n’est pas négligeable dans la décision de s’équiper. On peut d’ailleurs s’étonner de ne pas avoir d’aide pour un vélo classique (100 % écologique) mais à ce compte-là on peut aussi subventionner la marche à pied…

Des progrès écologiques

Dans son usage quotidien le vélo électrique  a un bon impact carbone par rapport au véhicule thermique. En revanche par rapport à un vélo classique (bêtement mécanique) c’est moins bien. L’ECF (European Cycliste Fédération)  indique que le vélo électrique émet 50% de plus de CO2 qu’un vélo mécanique. Le gain écologique se situe en fait dans le changement de mode. Si vous laissez votre voiture thermique au garage pour enfourcher un vélo électrique, c’est bien pour l’environnement. Mais ce serait encore mieux si vous vous mettiez au vélo classique à l’huile de mollet.

Comme son nom l’indique le VAE a besoin d’électricité, dont la production à l’échelle mondiale reste encore très dépendante du pétrole ou du charbon. Mais là encore c’est le changement de mode qui fait la différence. L’option du vélo électrique sera toujours plus intéressante qu’un plein de gasoil. Et ce qui compte dans le contexte, c’est l’évolution des comportements pour que l’air des villes soit plus respirable. Quant à sauver la planète avec son vélo, il faut rester modeste…

Le vélo électrique est-il une solution écologique ?

La question des batteries

On reproche souvent aux batteries leur fabrication et leur fin de vie. Comme pour tous nos équipements quotidiens (notamment smartphones et ordinateurs), la batterie est le point faible. Aujourd’hui les batteries lithium se développent à grande vitesse avec un bon niveau de qualité, de durée et de recyclabilité. La dépendance étrangère pour le lithium reste un problème mais le gouvernement français veut soutenir un plan de développement de l’extraction dans l’hexagone.  Il reste toujours la question du Cobalt nécessaire à leur fabrication. Les conditions d’extraction de ce minerai provenant à plus de 60 % de la république démocratique du Congo ne sont pas fameuses, notamment pour les enfants qui sont employés dans des exploitations le plus souvent artisanales. Mais on ferme un peu les yeux puisqu’on vit entouré de batteries de toutes sortes. Par ailleurs, la recherche fait des progrès rapides en matière de batteries et on peut espérer beaucoup de progrès dans les années à venir.

Un compromis intelligent

Le vélo électrique est en fait un compromis technique et idéologique. Il permet de faire évoluer ses moyens de déplacement vers des pratiques moins polluantes  tout en faisant un minimum d’exercice, au moins celui de prendre l’air. Sur le plan écologique, le vélo électrique n’est pas parfait mais c’est un net progrès. En outre, il donne bonne conscience et par les temps qui courent ça peut rassurer certains. Sur le plan de l’activité artisanale dans les villes, le vélo électrique dans sa version cargo est un bon outil pour faire intervenir des professionnels généralement chassés des villes par les mesures de limitation de la voiture. Le modèle cargo permet aussi de transporter des enfants qui, généralement, adorent ça. C’est un bon compromis parce que le monde ne se divise pas en produits « propres » et produits « sales » et que les évolutions de la mobilité se font progressivement.

Epilogue

Alors, l’achat d’un vélo électrique est-il vraiment une solution écologique ? Globalement oui. En tout cas c’est une bonne manière de changer de mode de déplacement en douceur. Les prix restent raisonnables (entre 1 000 et 4 000 euros) et l’élargissement du marché apportera de nouvelles innovations. Le débat principal reste celui des conditions de production de l’électricité. il est en cours…

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