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Lithium le retour des mines en France ?

par Paul Metraux
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Le symbole du lithium

Pour assurer la transition énergétique, l’Union Européenne a décidé qu’à l’horizon 2035, le parc automobile européen serait 100 % électrique. Même si l’on sait bien qu’il y aura des dérogations pour la date, des soubresauts (on n’est jamais à l’abri d’évènements de type Ukraine), l’orientation est tracée. Les jours de la voiture thermique sont comptés et les énergies de type pétrole ou gaz sont celles du passé. Dans ce nouveau contexte, c’est le lithium, métal essentiel pour la fabrication des batteries, qui devient une ressource naturelle très convoitée et un élément stratégique dans les grandes manoeuvres mondiales autour de l’énergie. Il en faut en moyenne cinq kilos par voiture dite propre. Dès lors, le lithium est « l’or blanc » vers lequel se tourne tous les regards. Où le trouve-t-on ? Comment l’extraire ? Avec le lithium, va-t-on assister au retour des mines en France ?

La transition par le metal

Quand on pense transition énergétique, on pense énergies renouvelables, électricité décarbonée, sobriété… On pense peu au sous-sol et à l’extraction. Dans certains milieux écologistes radicaux, le mot « extractiviste » est même une quasi insulte. Et pourtant… Ce métal si important pour nos batteries ne se récolte pas dans les arbres, il faut aller creuser le sous-sol pour le sortir. Et le sous-sol est un impensé de la transition énergétique. Les mines renvoient au passé, pas à ce qu’on imagine être la modernité.

Aujourd’hui le lithium se trouve essentiellement en Australie et au Chili. La Chine en produit peu mais elle en transforme beaucoup. Les Chinois importent 50% du lithium extrait dans le monde pour produire 70 % des batteries. Accessoirement, la Chine vend aussi  50% des véhicules électriques sur toute la planète. Ce pays a acquis une position dominante sur ce secteur et a su développer, avec les pays concernés, ce que les experts en géopolitique appellent une « diplomatie minière ». La Chine a anticipé que l’après pétrole allait être l’âge du métal. Le chercheur Guillaume Pitron évoque cette question dans un ouvrage très intéressant «  la guerre des métaux rares » en indiquant que la transition énergétique est d’abord celle du métal.

La guerre des métaux rares, livre de Guillaume Pitron

Le lithium en France

Dans cette nouvelle donne mondiale, la France a une carte à jouer puisque son sous-sol est relativement riche en lithium. L’ancienne ministre de l’environnement Barbara Pompili l’avait affirmé dès février 2022  « la France doit extraire du lithium sur son territoire ». Le Président de la République a confirmé cette volonté dans le plan français de développement du véhicule électrique à l’horizon 2030. Et le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) a recensé une quarantaine de gisements potentiels en France. On peut ainsi entrevoir un projet minier d’envergure qui mettrait la France au second rang de producteur de lithium derrière l’Australie. C’est une question de souveraineté industrielle essentielle.

Les ressources potentielles de lithium en France

Le projet Imerys

Des entreprises sont déjà sur les rangs pour l’aventure minière. C’est ainsi qu’Imerys veut mettre en production avant 2027 l’une des plus grandes mines d’Europe à Echassières dans l’Allier. Selon Imerys, cette mine permettrait de produire « 34.000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à partir de 2028 pour une durée d’au moins 25 ans », et d’« équiper l’équivalent de 700.000 véhicules électriques en batteries lithium-ion » par an. 

Le projet est séduisant sur le papier mais qu’en sera-t-il de l’acceptabilité ? Quelle sera la réaction d’une opinion publique qui s’oppose de plus en plus à tout projet d’envergure, a fortiori s’il a un impact environnemental. Une mine du XXIè siècle, ce n’est pas Germinal. On sait extraire relativement proprement mais il y a toujours un impact minimum. Il s’agit d’une exploitation souterraine qui nécessite du broyage de roches, un peu de traitement chimique et surtout beaucoup d’eau. Il y a en France une réglementation stricte en matière d’environnement (mieux qu’en Australie et au Chili), mais l’air du temps provoque une hypersensibilité écologique. Chacun détient un ou  plusieurs outils numériques avec du lithium, du cobalt, du nickel et toute une série de « terres rares » mais voudrait bien que tout ça se fasse sans aucun impact social ou environnemental. Et surtout ailleurs. Hypocrisie classique, mais très répandue.

La société Imerys a présenté son projet en communiquant beaucoup sur les potentialités et la souveraineté industrielle française. Maintenant elle va rentrer dans le dur. Il va falloir détailler le process  : quantité d’eau utilisée, produits chimiques employés, tonnage de roches broyées, émission de poussières, bruit… A proximité du site, il y a des agriculteurs, des riverains et un même un site classé Natura 2000. Le syndrome NIMBY va fonctionner à plein régime. Les uns vont redouter, les autres vont espérer les syndromes de Notre Dame des Landes ou Sainte Soline.

Le retour de l’industrie minière ?

Ce retour de l’industrie minière en France est chargé de sens. Il peut permettre de retrouver une souveraineté industrielle, de créer des emplois, de prendre une position essentielle dans les transitions qui s’opèrent. Le sous-sol français est encore assez mal connu et l’exemple du lithium peut constituer un précédent. D’après le BRGM, la France dispose de ressources potentielles intéressantes. C’est le cas du lithium évidemment. C’est vrai aussi pour l’indium, cette « terre rare «  qui permet de rendre les écrans tactiles. On ne fera pas l’économie d’un grand débat sur ce sujet. Faute de quoi, les décisions seront contestées et combattues et les développements s’effectueront… ailleurs. Si la France veut mettre le paquet sur les ressources minières, il faut assumer cette orientation et la défendre. Vraiment.

Epilogue

La transition énergétique n’est pas qu’une question environnementale. C’est une aussi une question géopolitique. Il peut paraître extrêmement cynique de considérer l’environnement comme une variable. Dans le monde réel, c’est pourtant ce qui se passe. Il faut assumer ses choix et dire clairement ce que nous voulons. Un monde plus vert sera un monde plus cher comme le rappelle souvent Guillaume Pitron.

Comment concilier nos principes écologiques avec le pouvoir d’achat ? Tout cela mérite débat. Pourquoi construire de gros véhicules électriques avec de grosses batteries ? Comment se préparer au monde qui vient sans accepter des impacts sur l’environnement ? C’est le niveau de ces impacts qu’il faut définir. En clair, il faut savoir ce que l’on veut, ce qui est envisageable pour une planète vivable pour tout le monde et ce qui ne l’est pas. Mais il faut le dire et ne pas se contenter de refuser ici ce qui va se faire ailleurs.

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